Villa avec piscine - Herman Koch
" Les fonctions d'un médecin généraliste sont simples à décrire. Il n'a pas à guérir les gens, il n'a qu'à s'assurer qu'ils ne se rendent pas en masse chez les spécialistes et dans les hôpitaux. Son cabinet est un avant-poste. Plus le médecin généraliste retient de patients dans son avant-poste, plus il exerce bien son métier. C'est un simple exercice d'arithmétique. Si nous, médecins généralistes, nous adressions tous ceux qui présentent la moindre démangeaison, plaque ou toux à un spécialiste ou à l'hôpital, le système s'effondrerait totalement. Totalement. "
Marc Schlosser est médecin généraliste. Il a plutôt bien réussi, est marié à une femme adorable, Caroline, a deux filles aimantes et parfaites, Julia et Lisa. Un charmant tableau d'une famille aisée néerlandaise, jusque là. Lorsque Ralph Meier, acteur de théâtre et de cinéma, entre dans le cabinet de Marc, l'histoire est déjà en route. Les rouages s'imbriquent parfaitement les uns dans les autres, il n'est plus possible de faire machine arrière, il faudra aller jusqu'au bout. Ralph est sympathique, sa femme Judith aussi. Tellement sympathique d'ailleurs, que Marc passerait bien volontiers plus de temps avec elle. Jusqu'à partir en vacances dans la maison des Meier, au bord de la mer. Et puis Lisa et Julia s'entendent tellement bien avec les garçons Meier. Pas le choix pour Caroline, on ne lui a pas vraiment demandé son avis. Ce sont les vacances d'un homme qui s'ennuie, qui s'ennuie de sa femme, de sa vie, qui voudrait un peu de piment, d'aventure. Les aventures vont venir, mais pas vraiment celles qu'il souhaitait. Un événement va se produire, obligeant Marc à prendre une décision, qui pourrait bien changer le cours de sa vie si calme et richement plate. Il ne s'était absolument pas préparé à ce qui allait suivre... Difficile de résumer ce livre sans trop en dire. Il faut donner le cadre, mais pas vraiment parler de l'intrigue, tant elle se dénoue au fur et à mesure que le roman avance. Le cadre ne m'emballait pas trop au départ. Une petite vie nette de médecin généraliste, ça n'est pas follement exotique. J'ai tout de même été agréablement surprise à la lecture. Il est extrêmement difficile de s'attacher au personnage de Marc. Il paraît tour à tour prétentieux, incompétent et manipulateur. Il a tout, et pourtant va chercher ailleurs une histoire sentimentale. On ne peut pas l'apprécier, on ne peut pas cautionner ce qu'il fait, mais on ne peut pas ne pas le comprendre. Ses choix deviennent évidents au fil du roman.
L'univers un peu malsain des relations de couple, des regards libidineux de Ralph Meier et de l'infidélité mettent parfois mal à l'aise. On a l'impression de regarder une scène où l'on n'a pas été convié. Ca dérange, et c'est probablement fait exprès. Herman Koch prête à son personnage des discours extrêmement intéressants mais désabusés sur l'Humain. Adieu au rêve, on nous ramène à la basse réalité des corps, aux hormones, à la biologie. Le sentimentalisme n'existe pas, il y a l'instinct de reproduction, de survie, les chairs flasques et le dégoût des autres. Pourtant on se laisse attendrir. Par les erreurs d'un homme qui ressemble à un grand gamin,
On assiste à des vacances banales, pleines de petits conflits, de petits secrets, de gros mensonges. Et puis arrive le drame. Ce point d'acmé du récit où tout bascule, où tout fait sens, finalement. Le puzzle s'imbrique parfaitement, et l'histoire racontée par le personnage principal semble logique et implacable. Et puis on comprend rapidement où il veut en venir. Pourquoi Ralph Meier est venu le consulter, était-il malade ? L'est-il devenu ? On s'interroge, on se dit que non, ce n'est pas possible, et pourtant si. On a l'impression d'avoir été dupé, mais d'en être très content. On a été pris au piège et c'est formidable parce que ça donne un souffle puissant au roman.
Il a manqué quelque chose pour que je sois totalement emportée par ce livre. Peut-être ne me suis-je pas totalement attachée aux personnages, peut-être parce qu'au fond je les détestais d'être aussi banals, de répéter leurs erreurs. Mais je dois avouer que c'est un roman très bien construit, où le but est justement de montrer un aspect du réel. De s'ancrer dans un quotidien reproductible à l'infini. Et c'est pour cela que je trouve, finalement, que c'est un roman bien ficelé.
Merci encore aux éditions Belfond, pour l'envoi de ce service de presse.
Herman Koch. Villa avec piscine. Belfond, 2013. 380p.
Traduit par Isabelle Rosselin






