Chimères - Nuala O'Faolain
" En attendant de récupérer mes bagages, à Shannon, j'étais derrière deux énormes types, devant le tapis roulant. On aurait dit deux chiens d'attaque, pensai-je, prêts à sauter pour saisir leurs sacs entre leurs crocs. Comme je n'arrivais pas à passer et que je murmurais connards, ils me sourirent et l'un d'eux dit : "Vous avez tort de nous parler comme ça, nous sommes des visiteurs. Vous vous devez d'être aimable avec nous. C'est la première fois que nous venons ici."Je leur rendis leur sourire et leur bredouillai: "Oh, je suis désolée. Vous êtes vraiment les bienvenus en Irlande !"
Je m'éloignai en souriant intérieurement. Moi, l'ambassadrice ! Moi - qui n'ai même pas connu les anciennes livres irlandaises !"
Kathleen de Burca est irlandaise, mais a quitté son pays natal à la fin de sa scolarité au Trinity College, afin de gagner Londres et d'y faire sa vie. A la cinquantaine, alors que son métier de journaliste de voyage commence à la lasser, son ami et collègue Jimmy décède. C'est un tournant décisif. Kathleen doit retourner en Irlande ( pourquoi ? On ne sait pas vraiment, quelque chose comme une quête d'identité et un besoin instinctif de retrouver ses racines.) Elle se souvient d'un article lu dans sa jeunesse où il était question d'une histoire d'adultère et de divorce au moment de la Grande Famine. Elle se dit qu'après quelques recherches elle pourrait écrire un livre sur le sujet et s'envole donc pour l'Irlande. Pour une fois je vais vous parler d'un livre que j'ai arrêté. Ce qui ne m'arrive pratiquement jamais. En général, même quand je ne suis pas complètement accrochée, je fais l'effort d'aller jusqu'au bout. Mais là je n'ai pas pu. Une fois les 120 premières pages passées, je me suis dit que ce ne serait vraiment pas possible de continuer. Et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. Le personnage principal de cette histoire, Kathleen de Burca, est l'archétype même du personnage insupportable avec qui l'on n'a pas envie de passer le moindre moment. Et sur cinq cent pages, c'est dur à supporter. Je sais que les personnages ne sont "que" des personnages, mais j'ai besoin de pouvoir créer un lien entre eux et moi, d'avoir une sorte de relation avec eux, de m'y attacher. Ici, rien de tout cela. Le personnage de Kathleen est complètement autocentrée, elle n'a aucune idée de pourquoi elle s'intéresse à la Grande Famine ( à part une impression que c'est très important et que ça fait partie de ses racines). Elle passe son temps à comparer ce qu'elle voit, fait ou lit à des moments de sa vie qui, sans vouloir être désagréable, n'ont aucun intérêt pour le lecteur.
Je pouvais encore comprendre son malaise quant à son corps, son âge etc. Mais alors comparer la Grande Famine irlandaise aux famines en Afrique, je dis non. Elle a l'impression de revenir faire un pèlerinage sur la terre de son enfance, et elle enfonce des portes ouvertes d'une platitude aberrante. De plus, le style de l'auteur n'a pas su me convaincre ( à moins que ce ne soit la traduction, je ne suis pas certaine.) Des phrases bancales, d'autres qui sortent de nulle part et qui n'ont aucun rapport avec le sujet initial.
J'espère me tromper sur ce livre, et être passée à côté de son intérêt principal. Parce que ça a été un début de lecture douloureux, et qu'il doit bien y avoir des personnes qui ont aimé ce livre. En tout cas, je l'espère.
Nuala O'Faolain. Chimères. 10/18, 2006. 542p.





