Chef indienne, styliste pour moustaches, dresseuse de loutres. Et en plus elle lit.

Jeudi 24 mai 2012 à 9:00

 Chimères - Nuala O'Faolain

" En attendant de récupérer mes bagages, à Shannon, j'étais derrière deux énormes types, devant le tapis roulant. On aurait dit deux chiens d'attaque, pensai-je, prêts à sauter pour saisir leurs sacs entre leurs crocs. Comme je n'arrivais pas à passer et que je murmurais connards, ils me sourirent et l'un d'eux dit : "Vous avez tort de nous parler comme ça, nous sommes des visiteurs. Vous vous devez d'être aimable avec nous. C'est la première fois que nous venons ici."
Je leur rendis leur sourire et leur bredouillai: "Oh, je suis désolée. Vous êtes vraiment les bienvenus en Irlande !"
Je m'éloignai en souriant intérieurement. Moi, l'ambassadrice ! Moi - qui n'ai même pas connu les anciennes livres irlandaises !"

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/9782264040787.jpgKathleen de Burca est irlandaise, mais a quitté son pays natal à la fin de sa scolarité au Trinity College, afin de gagner Londres et d'y faire sa vie. A la cinquantaine, alors que son métier de journaliste de voyage commence à la lasser, son ami et collègue Jimmy décède. C'est un tournant décisif. Kathleen doit retourner en Irlande ( pourquoi ? On ne sait pas vraiment, quelque chose comme une quête d'identité et un besoin instinctif de retrouver ses racines.) Elle se souvient d'un article lu dans sa jeunesse où il était question d'une histoire d'adultère et de divorce au moment de la Grande Famine. Elle se dit qu'après quelques recherches elle pourrait écrire un livre sur le sujet et s'envole donc pour l'Irlande. 

Pour une fois je vais vous parler d'un livre que j'ai arrêté. Ce qui ne m'arrive pratiquement jamais. En général, même quand je ne suis pas complètement accrochée, je fais l'effort d'aller jusqu'au bout. Mais là je n'ai pas pu. Une fois les 120 premières pages passées, je me suis dit que ce ne serait vraiment pas possible de continuer. Et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. Le personnage principal de cette histoire, Kathleen de Burca, est l'archétype même du personnage insupportable avec qui l'on n'a pas envie de passer le moindre moment. Et sur cinq cent pages, c'est dur à supporter. Je sais que les personnages ne sont "que" des personnages, mais j'ai besoin de pouvoir créer un lien entre eux et moi, d'avoir une sorte de relation avec eux, de m'y attacher. Ici, rien de tout cela. Le personnage de Kathleen est complètement autocentrée, elle n'a aucune idée de pourquoi elle s'intéresse à la Grande Famine ( à part une impression que c'est très important et que ça fait partie de ses racines). Elle passe son temps à comparer ce qu'elle voit, fait ou lit à des moments de sa vie qui, sans vouloir être désagréable, n'ont aucun intérêt pour le lecteur. 
Je pouvais encore comprendre son malaise quant à son corps, son âge etc. Mais alors comparer la Grande Famine irlandaise aux famines en Afrique, je dis non. Elle a l'impression de revenir faire un pèlerinage sur la terre de son enfance, et elle enfonce des portes ouvertes d'une platitude aberrante. De plus, le style de l'auteur n'a pas su me convaincre ( à moins que ce ne soit la traduction, je ne suis pas certaine.) Des phrases bancales, d'autres qui sortent de nulle part et qui n'ont aucun rapport avec le sujet initial. 

J'espère me tromper sur ce livre, et être passée à côté de son intérêt principal. Parce que ça a été un début de lecture douloureux, et qu'il doit bien y avoir des personnes qui ont aimé ce livre. En tout cas, je l'espère. 

Nuala O'Faolain. Chimères. 10/18, 2006. 542p.

Vendredi 11 mai 2012 à 19:52

 Monkton le fou - William Wilkie Collins

" Un jour ou deux après cette conversation, je rencontrai Monkton lors d'une soirée.
Dès qu'il entendit prononcer mon nom, sa figure s'anima. Il se prit à part et, évoquant la froideur avec laquelle il avait reçu mes avances quelques années plus tôt, il me demanda pardon de ce qu'il qualifia d'inexcusable ingratitude, et ceci d'un ton de gravité qui ne laissa pas de m'étonner. Son premier soin fut ensuite de m'interroger, ainsi que mon ami l'avait prédit, à propos du lieu de ce mystérieux duel. 
Un changement extraordinaire s'opéra en lui tandis qu'il me questionnait. Au lieu de me regarder comme ils l'avaient fait jusque là, ses yeux, à présent animés d'un éclat intense, féroce presque, se fixèrent soit sur le mur nu, soit sur un point de l'espace qui nous en séparait. "

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/415pxWilkieCollins.jpgLe narrateur de cette histoire tient bien à préciser que ce qu'il a à raconter peut-être incroyable, impossible à imaginer. Il va nous conter l'histoire d'un de ces amis, Monkton, un jeune homme qu'il a connu en Angleterre dans sa jeunesse. Monkton faisait partie d'une vieille famille où toutes les personnes semblaient promises à un avenir funeste. En effet, la famille, frappée de malédiction, voyait tous ses membres sombrer dans la folie les uns après les autres. Le jeune Monkton avait pris l'habitude de vivre en reclus à Wincot Abbey en attendant son mariage avec Miss Elmslie. Pourtant, un jour, subitement, le jeune homme disparut en Italie afin de se lancer sur la piste de son oncle, tué dans un duel selon les commérages. Il fera appel à notre narrateur afin de retrouver le corps du disparu et enfin briser le sort qui s'est acharné sur sa famille. Mais cette lubie ne serait-elle pas l'un des premiers signes de sa folie ? 

Ce livre fait partie de l'opération lancée par les éditions Libretto et est offert pour l'achat d'un livre de la collection. N'ayant jamais lu de W. Wilkie Collins, et désirant toujours en découvrir un peu plus sur la littérature anglaise, je me suis lancée dans la lecture. L'histoire est originale, et l'on peut dire que l'auteur sait mettre les nerfs de son lecteur à rude épreuve, en le plongeant dans de sombres mystères qui je suis sûre faisaient mourir de frayeur les jeunes filles du XIX ème siècle au moment de la parution du texte. J'ai trouvé le style un peu trop ampoulé pour être parfaitement fluide, et même si d'ordinaire j'apprécie les tournures plus anciennes, cette lecture m'a parfois semblé fastidieuse. Le personnage de Monkton est attachant, avec ses peurs, ses manières et cette malédiction qui semble peser sur lui. De plus, les histoires de fantômes ma passionnent. L'originalité de l'histoire n'est pas à remettre en question, bien qu'il n'y ait pas beaucoup de péripéties rythmant le récit. Mais c'est une lecture rapide, qui fait passer le temps et replonge dans l'ambiance de l'époque. Alors ça valait le coup quand même. 

N'ayant pas trouvé de photo de la couverture du livre, je vous ai mis un portrait de l'auteur. 

William Wilkie Collins. Monkton le Fou. Libretto, 2012. 114p.

Dimanche 6 mai 2012 à 19:25

 Avenue des Géants - Marc Dugain

" J'ai posé ma winchester à côté de moi dans le salon, je me suis assis, j'ai enlevé mes bottes et je me suis pris la tête dans les mains. Je ne tremblais pas et pourtant j'en avais l'impression. J'avais fait une énorme connerie, comme on peut en faire quand on est adolescent. C'est un âge où l'on flirte avec les limites. Je dis cela aujourd'hui, je ne le pensais pas à l'époque, vu que je ne pensais à rien. Il faisait froid maintenant, à cause de ma grand-mère qui radinait sur le chauffage. J'ai pensé aller le monter d'un cran, mais cela m'obligeait à repasser devant un endroit où je n'avais vraiment pas envie de remettre les pieds. Si je sortais de la maison, c'était le même problème. Alors j'ai allumé la télé." 

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/MarcDugainAvenuedesGeants1-copie-1.jpgPour écrire ce roman, Marc Dugain s'est inspiré de la vie d'Edmund Kemper. Il a ainsi créé le personnage d'Al Kenner. Al est un adolescent d'une quinzaine d'années, mesurant plus de 2m15 et possédant des facultés intellectuelles au-delà de la norme. C'est une sorte de génie, mais un génie fondamentalement inadapté au monde dans lequel il vit. Le jour de l'ass il tue ses grands-parents à coup de winchester avant de prendre la route, puis de se rendre. Son parcours entre la folie et la volonté de s'en sortir ne s'arrêtera pas là. Le roman est composé de deux parties : d'un côté le récit de la vie d'Al Kenner, à la première personne, avec ses ressentis, ses projets, ce qui se passe réellement dans sa tête, et d'un autre côté le récit à la troisième personne des échanges entre Al et Susan, en 2011, à l'intérieur de la prison où Kenner purge sa peine. Ce roman, en plus de nous raconter l'histoire atypique d'un homme en marge de la société, nous présente les Etats-Unis des années 70, où le mouvement hippie prenait une ampleur démesurée, où la route trace de petits lacets à travers des montagnes désertes, et où les jeunes filles ne devraient pas faire d'auto-stop. 

Le fait de savoir que ce roman n'était qu'à moitié une fiction, et qu'il était majoritairement adapté de la vie d'Ed Kemper, m'a donné envie de m'intéresser aux travaux de Stéphane Bourgoin au sujet de ce tueur en série qui a sévi dans les années 70 en Californie. On découvre dès le début du roman un personnage parfaitement conscient de ses actes, et qui revendique sa responsabilité. Il accepte assez mal le fait d'être envoyé en hôpital psychiatrique car pour lui son acte est sensé, nécessaire et même libérateur. Sa grand-mère représentait une oppression constante et la tuer était nécessaire afin qu'Al puisse vivre. La vie de cette vieille femme contre la sienne, c'est finalement assez équitable. Ce personnage présente une finesse d'esprit déconcertante, associée à des émotions à fleur de peau, une obsession des femmes et des pulsions de mort constantes. Malgré ses efforts pour réintégrer une vie normale, il se rend compte petit à petit qu'il ne pourra jamais être comme les autres. Il n'a pas d'empathie, ne ressent aucune pitié pour qui que ce soit, et surtout pas pour sa mère, cette femme violente et alcoolique qui l'a maltraité pendant son enfance. Cette mère restera la clé de voûte de son échec social, le renvoyant constamment à ses incapacités et sa différence. 
La description des hippies, teintée de mépris et de dégoût, montre bien à quel point ce mouvement a pu causer un choc des cultures lors de son apparition. Une Amérique puritaine, ancrée dans ses valeur et la fierté de son pays, tombe des nues en voyant ces milliers de jeunes gens plus préoccupés de faire l'amour et tester des drogues que de servir leur patrie. Il y a un décalage, un contraste violent que l'auteur arrive à traiter de manière habile, C'est un roman prenant, qui jongle avec le rythme, qui entraîne le lecteur dans une direction précise, juste avant de le laisser tomber brusquement face à une vérité crue et clinique. C'est un roman de la manipulation, du mal-être, tout en étant une fresque américaine bien dessinée, une ode aux grands espaces, à l'odeur de l'asphalte fumante et au bruit de la mer sur la côte, près de San Francisco. 


Marc Dugain. Avenue des Géants. Gallimard, 2012. 361p.


Dimanche 29 avril 2012 à 9:35

 Le Livre de la mort - Anonyme

" Bull jeta un coup d'oeil par la fenêtre. Il était extrêmement difficile de voir ce qui se passait au juste. "Qu'est-ce qui est arrivé, bordel ? demanda-t-il, espérant que Tex puisse l'éclairer.
- Ils sont à terre. Pour de bon.
- Morts ?
- Oui, chef.
- Ca veut dire que le moment est arrivé. Il est ici."
Tex approcha un peu plus son visage de l'écran afin de mieux y voir. "Un des types s'est fait décapiter, dit-il. L'autre s'est fait couper en deux dans le sens de la longueur.
- Coupé en quoi ?
- En deux. A partir du bas de l'abdomen. Dans le sens de la longueur, tu vois. Comme une tartine.
- Putain!
- Tu m'étonnes. Ca doit pas être agréable."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/artoff146-copie-1.jpgNous entrons ici dans le quatrième tome de la Saga du Bourbon Kid, alors pour ceux qui voudraient commencer par le début ( Le Livre sans nom ), je tiens à préciser qu'ici il y aura des SPOILERS. 

Le Bourbon Kid, redevenu normal après avoir retrouvé Beth, sa petite amie d'adolescence, a décidé de se ranger après avoir exterminé les vampires et autres créatures du mal qui peuplent Santa Mondega. Officiellement, il est mort, décapité dans un couloir d'hôtel sinistre et miteux. En réalité, les gros bras chargés de s'occuper de sa tête se sont trompés de péquin et se sont attaqués à un vampire de leur camp. Lorsque le Kid apprend que ces créatures répugnantes et assoiffées de sang cherchent à fomenter une révolte et prendre le contrôle du monde, il se dit que ce n'est plus vraiment son problème. Sauf que Jessica, la fille chérie de Ramsès Gaïus (mais si, le grand chef vampire qui a passé plusieurs siècles momifié et qui est maintenant protégé par l'Oeil de la Lune), a eu la bonne idée de kidnapper Beth comme appât, afin d'avoir enfin la peau du Kid. Face à cela, une seule solution pour notre buveur de bourbon, se débarrasser de l'âme qu'il a récupérée et revenir d'entre les morts (et pourquoi pas avec eux) afin de cogner du vampire et sauver sa bien-aimée. Mais ce serait quand même rudement plus facile si Sanchez, le patron obèse (avec autant de finesse intellectuelle) du Tapioca, n'avait pas mis la main sur le Livre de la mort, cet ouvrage où le nom des personnes que l'on souhaite voir mourir à une date précise est inscrit, et peut être modifié au gré des inimitiés de chacun, et décidé de le rendre à sa propriétaire, Jessica, rien que pour ses beaux yeux (et une coquette somme d'argent.). Bref, le programme est alléchant. 

J'avais lu les trois premiers tomes de cette trilogie à la suite, et je pense que j'avais vraiment accroché grâce à l'ambiance qui régnait entre ces trois tomes. Ici, j'ai mis un peu de temps à retrouver mes marques, à me souvenir des personnages. Il faut dire que le quatrième volet de cette tétralogie reprend là où les évènements s'étaient arrêtés à la fin du deuxième (le troisième tome se passant dix ans avant les autres). Du coup, pas évident de se remettre les personnages en tête. De plus, quelques petites coquilles un peu agaçantes ont perturbé ma lecture. Et puis, le Bourbon Kid est au début un mec normal, donc un peu moins badass qu'avant, un peu plus chiant peut-être sur certains points. Mais heureusement, ça ne dure pas. Parce que dès que l'action est mise en place, que l'intrigue commence à prendre forme, on se retrouve exactement dans la même ambiance que les précédents. Et ça se castagne à toutes les pages. Le vocabulaire et le langage de nos personnages semble toujours sortir tout droit d'un cauchemar de Bernard Pivot, mais que voulez-vous, quand on se retrouve avec des gros méchants et des anti-héros d'un roman à la Tarantino, on ne s'attend pas à ce qu'ils aient un langage châtié. Vous l'aurez compris, on reprend les bonnes vieilles recettes et on en fait un truc aussi couillu que les précédents, avec de l'hémoglobine, de la sueur et de petits bouts de matière grise qui décorent les murs. On donne dans du gros sang qui tâche, avec peu de subtilité, mais c'est ce qui est bon. On lit ce livre pour ses répliques potaches de film de série B dont le scénario aurait été réalisé par un Audiard pas au mieux de sa forme, mais avec l'essentiel. Les pages se tournent à peu près à la vitesse qu'il faut au Kid pour dézinguer tout péquin moyen se trouvant sur sa route et en refermant la dernière page, on se dit : "Déjà" ? 

Alors foncez sur le Livre de la Mort, mais si vous ne connaissez pas, alors prenez la série au début et faites-vous un shoot d'adrénaline et de plaisir pour une somme modique (les trois premiers sont parus en poche.)

Anonyme. Le livre de la mort. Sonatine, 2012. 457p. 



Mardi 24 avril 2012 à 10:36

 Les oranges ne sont pas les seuls fruits - Jeanette Winterson

" Quand on est rentrées à la maison, on a trouvé mon père devant la télévision. Il regardait le combat de catch opposant William le Rouleau compresseur à Jonney Stott le Borgne. Ma mère était furieuse ; on recouvrait toujours la télévision le dimanche. On avait une nappe des SCENES DE L'ANCIEN TESTAMENT que nous avait donnée un monsieur qui faisait des débarras. C'était une nappe très chic et on la rangeait dans un tiroir spécial où les seuls autres objets étaient un morceau de verre Tiffany et un parchemin libanais. Je ne sais pas pourquoi on gardait ce parchemin. On avait cru qu'il s'agissait d'un fragment de l'Ancien Testament, mais c'était en fait un contrat de bail pour une ferme d'élevage de moutons. Mon père ne s'était même pas donné la peine de replier la nappe et je pouvais apercevoir "Moïse recevant les Dix Commandements" tout roulé en boule."

http://et-en-plus-elle-lit.cowblog.fr/images/9782879299778FS.gifJeanette est encore une petite fille lorsque débute cette histoire. Elle vit avec sa mère adoptive et son père en Angleterre dans les années 60. Ses parents, et surtout sa mère, font partie d'une Eglise Pentecôtiste, qui passe le plus clair de son temps à convertir les pêcheurs et à se réunir pour créer des cantiques. Jeanette passe donc une enfance dans l'amour de Dieu, entourée de fidèles, et avec pour seules lectures, la Bible et des exemplaires de l'Ancien et du Nouveau Testament. (On peut remarquer également une version de Jane Eyre, mais remaniée par sa mère pour en changer la fin.) La maison repose sur des règles strictes ainsi que sur des interprétations très personnelles de la Bible. Après avoir reçu une certaine éducation et instruction par sa mère, elle se voit obligée d'aller à l'école, où elle est rapidement mise à part à cause de ses croyances et de sa famille. Au cours de son adolescence, elle découvre qu'elle souffre de Passions Contre Nature à l'égard d'une de ses camarades. Lorsque tout cela est découvert, la vie de Jeanette prend un tour assez étrange. Entre des séances d'exorcisme, des exils, des fuites et le sentiment d'avoir été abandonnée, par Dieu mais surtout par les siens, Jeanette va chercher à sortir de ce carcan religieux pour aller vivre sa vie. 

Lorsque j'ai commencé ma lecture, j'ai été rapidement emballée par le style de l'auteur, ainsi que  ce qu'elle racontait. Je ne m'attendais pas à ce que ce roman soit drôle. Or, il l'est. Tout du moins au début. Il y a quelques scènes qui font rire, surtout lorsque le lecteur est confronté aux inepties racontées par la mère de Jeanette. C'est une femme qui ne s'appuie que sur les textes sacrés, mais qui leur donne une interprétation très personnelle, et changeante selon les jours et les circonstances. Notamment le passage où la petite Jeanette devient sourde à cause de ses végétations, mais personne ne s'en rend compte, car ils attribuent tous le fait qu'elle ne réponde pas à quiconque lui parle au fait qu'elle est en communion directe avec le Seigneur, dans un moment de grâce. Le livre est divisé en plusieurs chapitres qui portent les titres de livres de la Bible (Genèse, Deutéronome, Lévitique ...). J'ai vraiment apprécié ce lien, ce clin d'oeil au livre qui avait accompagné son enfance, dans lequel elle a appris à lire, pour mettre en ordre sa propre vie. Cependant, lorsque l'auteur commence à insérer à son récit des contes ou bien des légendes, j'ai perdu un peu le fil. Même si ces histoires annexes peuvent facilement se mettre en lien avec l'histoire personnelle de l'auteur, le fait de quitter le réel pour partir dans un style parfois presque mystique m'a un peu déstabilisée. Je n'arrive pas à savoir si ces passages étaient nécessaires. Par contre, j'ai été séduite par le personnage de sa mère, ridicule et hystérique. J'ai trouvé qu'elle, et les différents pasteurs que l'on voit apparaître dans ce roman, sont une illustration parfaite de l'absence de limite dans la religion. On voit bien jusqu'où peuvent aller ces hommes et femmes qui manquent cruellement de discernement, et ne voient que par une source de paroles, de textes. Le rapport de Jeanette aux femmes est intéressant. D'abord, elle ne se rend pas compte que l'amour qu'elle porte à sa camarade Mélanie peut être condamnable par son Eglise. Pour elle, il n'y a aucune différence entre aimer un homme et aimer une femme, puisqu'il s'agit d'amour dans tous les cas. Ensuite, elle prend conscience de ce qui gêne dans son attitude, mais à aucun moment elle ne ressent de culpabilité. Elle vit sa vie afin d'être heureuse, sans trop se soucier de ce qu'en pensent les gens de son Eglise. Pour elle, ils l'ont trahie en la mettant au ban.
 
Néanmoins, j'ai envie de lire l'autre livre de  cette auteur qui paraît en même temps que celui-là, Pourquoi être heureux quand on peut être normal, où elle y livre apparemment une autobiographie. Les oranges ne sont pas les seuls fruits est classé en roman, pourtant l'auteur y met une grande part de son histoire personnelle. C'est donc une lecture agréable, parfois drôle, mais qui ne remporte pas un succès total. 

Jeanette Winterson. Les oranges ne sont pas les seuls fruits. L'Olivier, 3 mai 2012 (à paraître). 235p.

Voici un lien vers la page de l'auteur, et notamment celle de sa biographie, si vous voulez en apprendre plus sur elle.

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